En ergothérapie, nous utilisons très souvent l’activité « cuisine » comme outil pour accompagner nos patients. Pour beaucoup, cuisiner peut être le symbole d’une obligation, d’une corvée, alors pourquoi cuisiner un plat permettrait à une personne d’aller mieux ?

Cuisiner, une activité sociale

Cuisiner est un acte de social, ce n’est pas juste une réponse à un simple besoin alimentaire. Lorsque l’on cuisine pour quelqu’un, on s’investit pour lui, on prend du plaisir à faire pour quelqu’un que l’on aime, que l’on apprécie. Cela permet de montrer ses compétences mais aussi de partager ses émotions. « La cuisine peut être utile pour les personnes qui ont du mal à exprimer leurs sentiments avec les mots pour montrer leur gratitude, leur appréciation ou leur sympathie grâce à la cuisine. » (Susan Whitbourne – Professeur à l’Université du Massachusetts).

Un plat réussit sera l’occasion de retrouver de la confiance et va booster notre estime de soi au moment du partage du repas. Lorsque l’on fait pour autrui, on contribue aussi à notre bien-être.

Cuisine et compétences

Cuisiner c’est faire travailler tout un ensemble de compétences : planifier son repas, choisir une recette, faire sa liste de courses, gérer un budget, être capable de suivre des étapes de réalisation, se concentrer pour éviter les oublis, respecter les temps de cuisson, s’organiser sur son plan de travail, mémoriser certaines consignes, apprendre des coordinations et des techniques particulières… La liste est longue et ce même si l’on ne fait pas de la grande cuisine, on sollicite déjà énormément d’habiletés en cuisinant.

Ces habiletés, c’est ce qui va nous rendre fier une fois le plat réalisé. Elles vont aussi contribuer à notre autonomie et améliorer notre fonctionnement au sein de la société. Bon nombre de personnes, lors des séances en ergothérapie, m’ont évoqué le sentiment de reprise de confiance après s’être mis ou remis à cuisiner chez eux pour leurs proches ou pour eux-mêmes. Il ne pensait pas en être capable.

Cuisiner le moment présent

Lorsque l’on est engagé à 100% dans une activité, qui représente un challenge adéquat vis-à-vis de nos capacités, qui mobilise notre concentration et notre conscience on peut entrer dans un état de flow. Ceci peut alors contribuer à notre bien-être, à réduire notre stress, nos angoisses. En cuisinant, on peut en effet retrouver les bienfaits d’une séance de méditation, on est ancré dans le moment présent, les odeurs, les manipulations des aliments, le goût vont contribuer à faire de cet instant un moment agréable.

Toutes ses sensations peuvent aussi nous rappeler à des bons souvenirs d’enfance, des recettes de grand-mère, des moments familiaux et nous voici replonger alors dans la bonne vieille madeleine de Proust.

Cuisiner et plaisir

Retrouver le plaisir de cuisiner c’est aussi retrouver le plaisir de manger. S’il est parfois difficile de se mettre à cuisiner en étant seul, pourquoi ne pas inviter des amis, organisez des repas hebdomadaires avec vos proches, cuisinez à plusieurs pour vous motiver, changez vos habitudes. C’est un point qui est souvent décrit par les personnes en séance de groupe en ergothérapie, lorsque que l’on est plusieurs à cuisiner, on retrouve le plaisir de faire et de partager ce moment.

Si on prend le plaisir de cuisiner plus régulièrement, on transforme ceci en habitude et cela s’inscrit dans nos routines de vie. Une routine demande ensuite moins d’effort à être réalisée, en quelques semaines, on peut être capable ainsi d’améliorer notre alimentation et notre bien-être au quotidien.

 Cuisiner et mieux manger

Cuisiner plus souvent, c’est aussi faire plus attention à ses besoins nutritionnels, avoir une alimentation plus variée et équilibrée. L’hygiène de vie est donc meilleure et l’on sait que dans le domaine de la santé mentale, il est essentiel de préserver une bonne hygiène de vie pour pouvoir affronter ou prévenir plus efficacement les maladies. Meilleure hygiène de vie = meilleure santé psychique.

Comment se mettre à la cuisine ? Quelques pistes…

  • Internet facilite beaucoup les choses pour s’initier à la cuisine par rapport à avant. On trouve toutes sortes de recettes et d’idées sur des sites comme Marmitton, 750g, ptitchef… Avec google, on peut taper les ingrédients dont on dispose ou alors un nom de recette et vous n’avez plus qu’à consulter les recettes possibles, comparer les niveaux de difficulté, les avis et les commentaires.
  • Youtube fourmille aussi de tutoriels en tout genre avec l’avantage de voir en direct les gestes du cuisinier. La télévision fournit aussi un bon nombre d’émissions qui peuvent vous donner des idées.
  • Il est aussi possible de téléphoner à ses parents ou grands-parents qui peuvent être de bons conseils et renouer ainsi des liens avec eux.
  • Des cours de cuisine pour débutants existent un peu partout à présent, il faut se renseigner dans les environs et voir s’il en existe proche de chez vous.
  • Il y a enfin les livres, il en existe beaucoup. On peut privilégier ceux qui proposent des recettes faciles, pour petits budgets ou encore qui traite le sujet avec humour. Il existe aussi des livres plus adaptés à certains publics, par exemple : Je cuisine avec des images qui a été conçu pour des personnes vivant avec une déficience intellectuelle, il se présente comme un livre accessible au plus grand nombre en utilisant un maximum d’images pour faciliter la compréhension.

En résumé, cuisiner apporte de nombreux bénéfices psychologiques pour notre santé. C’est un outil qui reste très utilisé dans le champ de l’ergothérapie et j’invite chacun à essayer de plus cuisiner chez soi au quotidien pour aller mieux, pour un meilleur équilibre de vie.

Pour aller plus loin:

La cuisine pleine conscience

Le flow

Compétences et cuisine

Cuisiner pour les autres

Débuter en cuisine