Aujourd’hui, un exemple d’intervention en ergothérapie auprès de personnes souffrant de troubles psychotiques. Cet exemple est issue d’un article: “Occupational Therapy Interventions for Someone Experiencing Severe and Enduring Mental Illness ” dans le livre Occupational Therapy Evidence in Practice for Mental Health. Il aborde l’utilisation d’interventions psychosociales dans la prise en charge ainsi que l’implication de la famille pour aider la personne à vivre mieux avec sa maladie. Je vais ici m’attarder sur les stratégies d’adaptation aux symptômes psychotiques.

Les interventions psychosociales

Les médicaments “antipsychotiques” sont le traitement de 1er choix pour ce genre de troubles. Pourtant, souvent les symptômes persistent et jusqu’à environ 1/3 des personnes atteintes de schizophrénie montreraient une mauvaise réponse au traitement avec des effets secondaires négatifs (effets extrapyramidaux, prise de poids, troubles cardiovasculaires…). Il est donc important d’envisager des traitements non médicamenteux pour accompagner la prise médicamenteuse.

Les interventions psychosociales en ergothérapie peuvent permettre à un individu de développer ses forces et ressources face à une maladie mentale grave et d’apprendre ainsi des compétences pour mieux vivre avec ses troubles. L’article cité plus haut donne quelques exemples à travers le cas clinique d’un jeune homme qui ne parvient plus à faire face à des hallucinations auditives et qui ne peut continuer à poursuivre ses activités au quotidien.

Après une évaluation précise de la personne, le clinicien peut se permettre d’établir un plan de traitement le plus approprié possible par rapport aux difficultés rencontrées. Ici, c’est le COPM (MCRO en français) qui a été utilisé ainsi que l’ACI (Antecedent and Coping Interview). L’ergothérapeute c’est ensuite basé sur ces résultats et sur ses échanges avec le patient pour déterminer des stratégies d’adaptation (coping) pour faire face aux hallucinations. Ces stratégies, il en existe beaucoup, elles peuvent aider une personne à se concentrer sur sa vie  malgré ses troubles. L’ergothérapeute a donc un rôle important à jouer si la personne développe des stratégies qui lui permettent de poursuivre des activités significatives et de fonctionner à un niveau plus “optimal” au quotidien.

Des exemples de stratégies d’adaptation

  • Perturber l’attention de la personne afin de prendre de la distance avec les hallucinations: écouter de la musique, une émission favorite, faire une activité physique, peindre, méditer, chanter, jouer à un jeu…
  • Désengagement social: se retirer quelques instants d’un groupe afin de faire diminuer le stress (toutes les stratégies qui aident à faire diminuer le stress seront positives vis à vis des symptômes psychotiques qui augmentent dans ces moments-là)
  • Augmentation des interactions sociales avec sa famille ou ses amis peut aussi aider.
  • Appeler quelqu’un au téléphone qui peut vous soutenir et vous aider.
  • Accepter les symptômes et mieux les connaître afin de diminuer le stress et la stigmatisation.
  • Se souvenir de prendre son traitement médicamenteux (aide mémoire)
  • Donner à ses voix un temps limite de discussion par jour (ex: 10min).
  • Encourager la personne à utiliser l’affirmation de soi pour faire face.
  • Développer des méthodes de relaxation, de respiration pour faire face.
  • Utiliser la méditation de pleine conscience
  • Utiliser des stratégies de facilitation de l’activité (aide à la planification, organisation, résolution de problèmes) à réaliser.
  • Se souvenir que ces voix sont juste dans notre tête et font partie de nos pensées.
  • Penser à des choses positives, faire des projets, faire une liste de ses progrès ou compétences.
  • Port d’un casque à musique pour “bloquer” les voix.

L’important est de trouver avec la personne concernée la liste de stratégies efficaces et fiables au quotidien pour pouvoir mieux contrôler les symptômes et réduire la détresse associée à ceux-ci. L’ergothérapeute peut aider la personne a intégrer les stratégies les plus efficaces afin de pouvoir généraliser les compétences acquises à différents types de situations. Le tout pouvant devenir des routines de fonctionnement, donc moins coûteux en énergie et rendant alors la possibilité de développer un meilleur équilibre occupationnel au quotidien.

Dans l’article concerné, la personne peut retourner à ses séances de sport, il a moins peur et peut à nouveau plus facilement sortir de chez lui.