Aujourd’hui je vous invite à lire un article “Engaging the disengaged – Practising in acute in-patient settings” rédigé par Samantha Dewis et Michelle Harrison dans le livre Advancing Occupational Therapy in Mental Health Practice. Ce texte traite donc de la pratique de l’ergothérapie dans des services de santé mentale de soins aiguës au Royaume-Uni dans un contexte de modification de la population hospitalisée au fil des années en parallèle d’une réduction significative des durées d’hospitalisations.

Des compétences spécifiques?

Cet article pose la question des compétences mises en oeuvre par les ergothérapeutes dans ce contexte très particulier des soins aiguës. Il traite aussi des éléments facilitateurs et des obstacles qui permettent d’engager les personnes hospitalisées dans le processus de l’ergothérapie.

Mise en place du processus

Dans un temps assez rapide du fait du contexte, l’ergothérapeute va mettre en place le processus ergothérapeutique qui nécessite des actions variées dans un contexte bien précis qui est celui des soins aiguës ici, et donc, il sera confronté à différents obstacles. Plusieurs points sont abordés dans l’article, voici ce qu’il me paraît important à retenir:

  • L’ergothérapeute doit recueillir les informations de différentes sources. Les ergothérapeutes utilisent des compétences de résolution de problème et de créativité pour travailler avec les individus. L’article note que ces compétences se développent avec l’expérience et l’expertise clinique.
  • Le processus n’est pas linéaire, il est long et intense et requiert des réajustements constants.
  • Il est noté l’importance de passer du temps avec la personne pour bâtir les fondations de la relation thérapeutiqueLes personnes ont chacun une histoire et une identité occupationnelle qui leur est propre, cela va influencer leurs choix occupationnels. L’ergothérapeute doit prendre le temps d’explorer avec elles les activités qui peuvent les encourager et les motiver.
  • Le contexte rend difficile pour l’équipe soignante d’être en empathie avec l’expérience de patients qui vivent une réalité totalement différente de la leur. Cela peut nuire à l’alliance thérapeutique.
  • L’engagement n’est pas la responsabilité d’un seul professionnel, elle est la responsabilité de tous. Si tous les professionnels travaillent dans le même sens, les patients auront plus de chance de s’engager dans quelque chose de constructif pour eux.
  • Mc Kay (1999) réfléchit au processus qui permet de redonner du sens à la vie pour les personnes suivies et propose un raisonnement clinique construit sur 4 composantes: l’environnement occupationnel, le client, le contexte thérapeutique et le thérapeute.

En soins aiguës, les ergothérapeutes sont régulièrement confrontés à des personnes qui ont comme seules occupations quotidiennes de rester au lit ou de regarder la télévision. L’ergothérapeute a alors le challenge de motiver et d’encourager la personne à réaliser des activités qui sont significatives pour elle. Cela invite à réfléchir sur la motivation et son processus.

Comment se réaliser soi-même dans un service psychiatrique de soins aiguës?

L’occupation est un besoin naturel humain, elle est donc directement reliée à ce qui peut donner du sens et de la qualité à sa vieLe département de la santé du Royaume Uni recommande un niveau élevé d’interventions thérapeutiques et un environnement interactif pour diminuer les troubles du comportement, les violences et l’ennui des patients.

Des recherches citent les bénéfices de pouvoir réaliser des activités récréatives et sociales dans un service de soin aiguë, elles décrivent que même avec peu de moyens l’ergothérapeute peut être créatif et trouver des idées pour aller dans ce sens: un jeu de cartes, un journal, internet et son nombre infini de ressources gratuites doivent pouvoir être utilisés. Les conversations, les liens qui vont pouvoir se créer durant ces interactions, les comportements qui vont être observés durant ces activités seront déjà très riches pour la mise en place d’un processus de soin et comprendre les besoins et difficultés de la personne.

Bref l’article donne ensuite différentes pistes à prendre en compte pour les prises en charge:

  • Il encourage à développer les compétences des patients à prendre soin d’eux-mêmes.
  • Il faut que les unités de soins facilitent l’engagement occupationnel des personnes tout en ne devenant pas hyperstimulant.
  • Il décrive les conséquences négatives d’une déprivation occupationnelle.
  • Il note l’importance des routines mises en place pour faciliter la participation des personnes.
  • Interventions de groupe: Les activités sportives et de cuisine sont décrites comme très bénéfiques. Ces activités rencontrent les besoins des personnes et améliorent le fonctionnement quotidien des personnes ainsi que la qualité de leur séjour.
  • Prendre du temps, c’est aller à la rencontre de l’histoire de la personne. Cette histoire se raconte lorsque les personnes se sentent détendues, joue à un jeu, discutent autour d’une tasse de café ou lisent un journal…

L’article conclut en disant que nous avons un rôle clé à jouer pour aider les personnes à se reconnecter à leur vie à travers des activités qui font sens pour elles et note le peu d’écrits encore sur le sujet. Ne pas hésiter à le lire complètement si vous êtes intéressés par ces questions.