Aujourd’hui un article à propos des techniques pour améliorer la motivation des personnes atteintes de schizophrénie. Je vais m’appuyer sur le chapitre “Restaurer la motivation” parût dans le traité de réhabilitation psychosociale, de L. Lecardeur et S. Meunier-Cussac, pour lister les pistes de prise en charge possibles. Je présenterais ensuite le programme PEPS: Programme Emotions Positives pour la Schizophrénie.

Les symptômes négatifs de la schizophrénie

Les troubles de la motivation font partie des symptômes dit “négatifs” de la schizophrénie (car déclin des fonctions normales) avec l’altération des fonctions cognitives (mémoire, concentration) mais aussi du fonctionnement social (pauvreté du langage et émotionnel (émoussement affectif, anhédonie). Ces symptômes sont parmi les plus résistants aux thérapeutiques actuelles (ils restent présent chez 30% des patients schizophrènes) et représentent une difficulté importante pour la qualité de vie des personnes. Les prises en charge sont souvent difficiles ainsi que les possibilités de rétablissement.

Pour rappel les symptômes dit “positifs” (qui s’ajoutent à la réalité) sont les idées délirantes, les hallucinations et les troubles du comportement (désorganisé ou catatonique).

Le syndrome amotivationnel

Ce syndrome se caractérise par une diminution de l’énergie, de l’intérêt et de la persistance pour réaliser des activités dirigées vers un but et plus ou moins routinières ou habituelles: prendre soin de soi, faire les courses, aller à l’école… Les auteurs notent que ce syndrôme ne serait pas dû à une difficulté à ressentir le plaisir mais plutôt à une difficulté à projeter le plaisir vis-à-vis d’une activité future. Il est donc difficile pour eux de planifier et de s’engager dans des activités et ceux même si elles peuvent être plaisantes.

Les techniques psychothérapeutiques 

Plusieurs techniques ont été mises en avant dans différentes recherches, les auteurs nous présentent celles qui ont été démontrées comme efficace à ce jour sur les symptômes négatifs et sur le syndrome amotivationnel.

  • La psychoéducation: informer la personne et ses proches sur les troubles, la pathologie, les symptômes…
  •  La TCC: elle agit sur une modification des pensées (réduction des croyances), des comportements dysfonctionnels (entraînement aux habiletés sociales) et sur les émotions.
  • L’entretien motivationnel: méthode d’entretien qui vise au changement de comportement par l’exploration et la résolution de l’ambivalence. (cf. livre l’entretien motivationnel)
  • Renforcement des motivations intrinsèque et extrinsèque: cf théorie de l’autodétermination.
  • La remédiation cognitive: ensemble de techniques d’entraînement des fonctions cognitives.

Je vous invite à lire l’écrit complet dans le livre pour voir en détail les résultats des différentes méthodes de prise en charge et leur efficacité.

Pour nous, les ergothérapeutes, je pense que l’on peut s’intéresser aux résultats positifs de la psychoéducation qui permet entre autre de lutter contre le processus de stigmatisation au sein de l’environnement proche du patient. Celle-ci permet par exemple de créer un climat apaisée aux sein des familles et de favoriser la motivation du patient dans les interactions qu’ils vont avoir par la suite. Je crois beaucoup à l’impact positif des proches, ce sont eux les plus en lien et au contact de la personne au quotidien.

L’entretien motivationnel est aussi un outil que l’on a l’habitude d’utiliser en tant qu’ergothérapeute. Il a été noté un vrai impact pour développer des activités potentiellement génératrices de plaisir pour les personnes par le biais de cet outil avec un développement d’expériences positives pour elles et donc une motivation qui est améliorée.

Pour aller encore dans ce sens, je vous invite à vous intéresser à présent au programme PEPS qui présente lui-aussi des outils non-négligeables pour les prises en charge.

Image issue du site http://www.seretablir.net/

Le programme PEPS : Programme Emotions Positives pour la Schizophrénie

Des recherches récentes ont distinguées le plaisir anticipé du plaisir sur le moment. Le premier étant lié à la motivation et aux comportements dirigés vers un but, le second étant associé à la notion de satisfaction et de satiété. Ces recherches ont abouties à la création d’un programme, le PEPS, dans le but de réduire l’anhédonie et l’apathie.

Des études ont montré que l’entraînement au plaisir anticipé conduit à une réduction de l’anhédonie et à une augmentation de l’activité (diminution de l’apathie). Le PEPS est un programme composé de 8 séances d’une heure qui permettent d’augmenter le contrôle cognitif des émotions positives. Les compétences enseignées sont par exemple: savourer une expérience agréable (en décrivant par exemple les sensations produites par une telle expérience), exprimer les émotions de manière comportementale (en ayant recours par exemple à la technique de l’exagération comportementale), capitaliser les moments positifs (par exemple en les partageant avec autrui)…

Le programme complet est disponible sur la page: http://www.seretablir.net/outils-interventions/peps/

Enfin pour plus d’informations sur ce programme je vous invite à consulter l’article suivant: “Améliorer le plaisir et la motivation dans la schizophrénie” de J. Favrod et al.

Bonne lecture